Lors d’une récente interview sur Radio 100.7, le Dr Annette Kuehn et le Dr Christiane Hilger, spécialistes des allergies au sein du groupe Molecular & Translational Allergology du Département d’Infection & Immunité (LIH), ont discuté de la prévalence croissante des allergies et des facteurs susceptibles d’alimenter cette tendance.
Les deux expertes ont souligné que les allergies alimentaires sont de plus en plus fréquentes, le lait, les œufs, le blé, le soja, la viande et les noix figurant parmi les sources d’allergènes les plus courantes. Une étude basée sur la population menée par leur groupe de recherche, en collaboration avec les Drs Ruiz & Fagherazzi du Département de Santé de Précision, a révélé que plus de 40 % des adultes au Luxembourg ont déclaré une allergie diagnostiquée par un médecin — un chiffre qui correspond à la moyenne européenne.
Le Dr Hilger a décrit trois grandes vagues d’allergies observées au cours du siècle dernier : le rhume des foins, l’asthme pédiatrique et les allergies alimentaires. Elle a pointé plusieurs facteurs contributifs, notamment les normes d’hygiène élevées, les changements dans les pratiques agricoles, le changement climatique, la pollution atmosphérique et la consommation croissante d’aliments transformés.
Les spécialistes ont également souligné le rôle de l’exposition environnementale précoce. Les enfants élevés dans des fermes ont tendance à développer moins d’allergies que ceux qui grandissent en milieu urbain. Le Dr Kuehn a insisté sur le fait que le diagnostic des allergies nécessite un suivi attentif des symptômes — leur nature, leur fréquence et le contexte dans lequel ils apparaissent. Elle a noté que l’apparition simultanée de plusieurs symptômes après un repas peut indiquer une anaphylaxie, une réaction sévère nécessitant une prise en charge médicale urgente.
Le Dr Hilger a établi une distinction entre les allergies respiratoires — caractérisées par des démangeaisons, des éternuements, une irritation des yeux et des difficultés respiratoires — et les allergies alimentaires, qui se manifestent généralement par des picotements buccaux, des douleurs abdominales, des diarrhées et des réactions cutanées. Les deux types peuvent évoluer vers l’asthme ou l’anaphylaxie, et toute personne présentant des symptômes modérés à sévères devrait consulter un professionnel de santé.
La deuxième partie de l’interview a exploré le lien potentiel entre les aliments transformés et l’augmentation des allergies alimentaires. Le Dr Hilger a reconnu qu’il s’agit d’une hypothèse largement discutée, tout en soulignant que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre pleinement l’impact des additifs alimentaires et d’autres substances. Les expertes ont appelé à des tests approfondis de tous les ingrédients — y compris ceux présents dans les cosmétiques — afin d’évaluer leur effet sur la barrière épithéliale. Cette barrière, présente dans la peau, l’intestin et les poumons, constitue une première ligne de défense contre les menaces extérieures. Lorsqu’elle est altérée, elle permet aux allergènes et à d’autres molécules de pénétrer plus facilement dans l’organisme, déclenchant potentiellement des réponses immunitaires et des affections inflammatoires chroniques.
Le Dr Kuehn a également clarifié la différence entre intolérances et allergies : les intolérances n’impliquent pas le système immunitaire et sont souvent liées à une déficience enzymatique, tandis que les allergies déclenchent des modifications du système immunitaire qui peuvent, dans certains cas, s’atténuer avec le temps à mesure que le système immunitaire mûrit.
L’interview s’est conclue par un appel à une plus grande sensibilisation du public aux allergies, à une consultation médicale rapide en cas de symptômes et à la poursuite des recherches sur les effets à long terme des substances présentes dans les aliments et les produits du quotidien.
L’interview complète est disponible en ligne en luxembourgeois et en allemand.





